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Aussi loin que je puisse remonter dans mon enfance,
il y a toujours eu de la musique à la maison. Je suis né en 1964 dans une famille de musiciens. Mon père est saxophoniste, il m’initie à la musique dés l’âge de six ans. Il avait une approche très ludique de cet apprentissage. Le solfège, les gammes, les tonalités, me furent enseignés au travers de morceaux que nous jouions ensemble. C’était un jeu amusant et souple. Ce qu’il jouait, je le reproduisais à la flûte, cela me captiva instantanément.


folklores imaginaires, eric seva

En 1976 mes parents achètent en Seine-et-Marne un vieux cinéma qu’ils restaurent. Cette salle, transformée à l’image des dancings d’après-guerre ou des célèbres « guinguettes des bords de Marne », accueillit, de 1977 à 1989, une clientèle venant pratiquer la danse populaire. De 16 à 20 ans, chaque week-end, je joue dans l’orchestre familial parallèlement aux études que je poursuis à l’Ecole Normale de Musique de Paris. Le bal musette, le dancing restent pour moi une véritable école de l’écoute, un formidable apprentissage permettant de jouer tous les styles de musique à faire danser. Depuis j’ai eu la chance et le plaisir d’aborder beaucoup de musiques. Cet éclectisme me permet aujourd’hui encore d’évoluer musicalement et humainement. Après avoir participé à l’enregistrement d’une soixantaine d’albums, j’ai souhaité mettre mon expérience au service d’un projet personnel. Je me suis senti prêt à assumer ce premier projet et à écrire la musique de ce disque.


folklores imaginaires, eric seva

Composer n’est pas une chose facile, c’est souvent dévoiler un aspect de soi plus intime et souvent parsemé de doutes. C’est aussi s’accorder du temps pour raconter ces histoires qui font appel au « folklore intérieur » où la mémoire, les souvenirs, les liens sont indissociables du présent. La musique restitue le parcours de chacun. Emprunte de traditions, d’influences et de rencontres, elle reste pour moi associée aux voyages, mêlée au mouvement de la danse. J’aborde la composition de la même façon que l’improvisation, très proche de la mélodie et de cette danse rythmique intérieure qui m’anime. Après avoir songé au son et aux couleurs que je souhaitais entendre, j’ai écrit la musique en pensant aux musiciens qui allaient l’enregistrer. Sur un cahier, les notes, les idées se sont rassemblées au fil du temps. A partir de ces ébauches, des compositions ont pris formes. L’expression, le lyrisme des saxophones baryton et sopranino m’ont donné depuis longtemps l’envie de me consacrer plus en profondeur à ces instruments et de créer un répertoire qui leurs laissent une place dominante dans un univers sonore qui me correspond complètement.


folklores imaginaires, eric seva

Ce disque est un mélange de musiques issues de mon enfance, des rencontres que j’ai faites, des sons et des couleurs que j’ai ramené de tournées. Il me tarde aujourd’hui de présenter ce groupe sur scène, espace privilégié où la musique se partage en ouvrant une véritable passerelle de communion avec le public. J’ai choisi de préparer et d’enregistrer ce répertoire dans cette salle où j’ai soufflé dans un saxophone pour la première fois. Sur ce parquet où j'ai si souvent observé les danseurs tourner, s'amuser, être heureux. « Folklores Imaginaires » est un hommage à ce dancing appelé « Le Chien Assis ». Lieu symbolique où il y aura bientôt trente ans commençait une aventure musicale qui, pour mon plus grand bonheur, ne cesse de m’enrichir. Enfant, la musique que j’écoutais à la maison me faisaient rêver. Le rêve n’est-il pas cette part imprenable d’imaginaire que nous possédons tous et qui nous permet de voyager librement, enfants comme adultes ?

Cet album est dédié à mes parents.

Je les remercie pour l’amour, la présence, la confiance et l’inébranlable soutien qu’ils m’ont toujours témoigné.

ES


As far back as I can remember, there’s always been music at home. I was born in 1964 into a family of musicians. My father is a saxophonist and he was my first music teacher when I was only six, so his approach was playful, even humorous, and he was very flexible in his attitude. I learned theory, scales and keys by playing with him. Whatever he played, I had to play the same on the flute, and I took to this immediately because it was like a game. In 1976 my parents bought an old cinema in Seine-et-Marne and restored it. From 1977 to 1989, this movie theatre, converted in the style of the post-war dance halls or the famous “guingettes on the banks of the Marne” became a centre for people wanting to dance the ordinary dances of the Saturday night “balls”. I was part of this adventure – from the age of 16 until I was 20, I played in the family band every weekend, whilst studying during the week at the music teacher training college in Paris. I still think the Saturday night dance (or bal musette), and dance halls are the best school possible; listening meant learning for me, and playing all the different types of dance music was a terrific apprenticeship. Since then I’ve had the good fortune as well as the pleasure to tackle many other types of music; this eclecticism is still the key to my development in musical and human terms. But after taking part in some sixty albums, I wanted to put my experience into a personal project of my own, which I could now assume. I felt ready to compose the music for this album. Composing is not easy, it often involves revealing a relatively hidden facet of yourself, and self-doubt can be lurking round nearly every corner. It also means allowing yourself time to tell those particular stories that involve your personal folklore or your memories and reminiscences, those links so firmly embedded in the present as well as the past. Music restores your personal itinerary. It will be derived from tradition and have elements from decisive encounters and other influences; but for me it’s always associated with travelling and journeys, mingled with the movement of the dance. I set about composing in the same way as I do for improvisation, staying close to the melody and the rhythm of that inner dance that’s always present deep down inside me. After I’d thought about the colours and sounds I wanted to hear, I composed with the musicians who’d be recording the music in mind. As the days and weeks went by, I gradually accumulated my ideas and the right notes in an exercise book; these were the outlines and from them came the real compositions. The expressiveness and lyricism of the baritone and sopranino saxophones have long been a source of pleasure for me, and for ages now I’ve wanted to delve further into their potential, and spend more time creating a repertoire that would give them the main role in a world of sound I really felt was mine. This album is a selection of music from my childhood, encounters I’ve made in life, sounds and colours I’ve brought back from my tours. I’m longing to present this group live; a live appearance is a special occasion because it opens the way to real communication with the audience. I chose to prepare this repertoire and record it in the hall where I blew my first saxophone - there where I used to watch dancers twirling across the parquet floor, having fun, or simply being happy together. “Folklores Imaginaires” is a tribute to a dancehall called “Le Chien Assis” [The Seated Dog], a symbolic place for me because it will soon be thirty years since my musical adventure began – right there! Music has been a never-ending source of pleasure to me since, bringing untold riches into my life. The music I used to listen to at home set me daydreaming, and surely dreams are the impregnable part of our imagination we all possess which enables us to travel freely, whatever our age? This album is dedicated to my parents. I thank them for everything – their love, presence, trust, and total support – they’ve given me with such constancy.

ES

 
 
folklores imaginaires, eric seva
photos : Maxime Ruiz
 
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